Bach parmi nous

Ecrits à l'origine pour le clavecin, les quarante-huit dyptiques du Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach sont un monument incontournable de la littérature pour clavier. Jérôme Granjon, un jeune pianiste qui cherche, et trouve, la musique en lui-même – il n'est que de la voir concentré, tourmenté et inspiré devant son instrument -,avait choisi, pour un récital unique, de jouer l'intégrale du 1er livre de ce Clavier bien tempéré. Un récital exeptionnel proposé mardi soir dans le Temple Grignan, précédé d'une présentation de l'oeuvre.
De cette confrontation avec la partition de Bach, haute en couleurs et cependant plein de naturel, l'interprète ressort manifestement « vidé » de énergie, mais tout aussi visiblement heureux de sa performance. On a, en sa compagnie, passé deux heures hors du temps, à l'écoute de ces pages qui ont, depuis leur création, nourri tous les pianistes et compositeurs, de Chopin à Schoenberg lui-même. L'interprétation au piano leur donne une grande densité et le doigté de Jérôme Granjon, ferme et clair, alliant à ces qualités de la poésie et de la technique, fait ressentir à quel point Bach est notre éternel contemporain. Même les pages les plus ornementées semblent avoir été écrites hier.
De toutes ces nuances, de tous ces arpèges, de tous ces préludes et de toutes ces fugues pleines de l'inspiration – mais aussi de la transpiration – du compositeur, Jérôme Granjon a donné une interprétation sobre et variée, pour une soirée mémorable.

Gisèle Laval – La Marseillaise, le 20 mars 2014